« Une morale nue apporte de l’ennui le conte fait passer le précepte avec lui. »

 Jean de La Fontaine

 

 

-« N’importe quoi, les bras réels ne font pas cet angle! »

– « Il sait pas faire les muscles, ça n’existe pas des muscles comme ça! »

– « Le bassin peut pas se tordre comme ça, on peut pas voir la poitrine en même temps que les fesses! »

Alors…Beaucoup de questions, ou d’incompréhensions sont dues à une des spécificités du dessin. Sa capacité d’exagération.

En effet, on parle ici de dessin et pas de photos.

Il y a plusieurs écoles, celle du dessin réaliste ou de portrait, ou on mime la réalité au maximum. Ce type de dessin demande un sens du détail important, mais même à ce niveau là, il faut savoir soustraire des éléments pour ne pas alourdir le dessin ou brouiller les reliefs. Less is more* (le moins c’est le plus). L’œil humain est trop efficace pour ne pas remarquer la supercherie. La leçon est toujours de soustraire, pour arriver au nombre de traits minimum à la compréhension.

C’est un choix. Artistiquement, l’arrivée de la photo a fait évoluer les arts visuels sur plus de symbolisme, le dessin étant incapable de rendre, aussi rapidement qu’une photo l’instantanéité, beaucoup d’artistes du 19 et 20 ème siècle ont donc commencé a dépouiller leur formes (expressionnisme, cubisme, surréalisme…).

Arrive donc le dessin symbolique (on en trouve dès l’antiquité, mais pour d’autres raisons que l’arrivée de la photo). La simplification des formes, son exagération. Du style semi- réaliste au cubisme. De l’exagération du mouvement et des formes. Dérivés artistique et philosophies très utilisées aujourd’hui dans la publicité, les jeux-vidéos et autres arts visuels.

Evidemment, la plupart des gens n’ont pas forcément cette connaissance, et on se retrouve régulièrement à devoir s’expliquer sur les bases du dessin et les formes mises ou pas en valeur et qui malheureusement sont trop souvent confondues avec une morale d’époque qui elle est plus aisément connue et médiocre.

Oui mes amis, l’art est bien politique, du moins ce qui est communiqué au moyen de différentes techniques. Et la technique, ce n’est ni de la politique, ni de la théorie, c’est de la pratique. La gifle du réel, quoi!

Il existe une multiplicité de formes, de déformations et d’exagérations!

Je démarre donc une série d’articles sur la morphologie, la forme et le dynamisme.

Voici ici-même la première partie;

« La poitrine visible en même temps que le fessier, c’est impossible, c’est juste sexiste! »

Et là réponse est bien-sûr fausse. Il y a quantité de physiques et quantité d’élasticités et d’insertions musculaires. Nous ne sommes pas tous égaux face à cela, mais il suffit de chercher un modèle dans l’angle demandé et on trouve, sans aucun problème, comme sur la photo ci-dessous (ou essayez par vous même, peut-être vous découvrirez une souplesse inconnue!).

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Je profite donc de cette image pour montrer ce qu’on peut faire comme déformation et exagérations à partir d’une posture totalement crédible!

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J’ai ici dessiné basiquement la forme de la cage thoracique, des hanches et de la colonne vertébrale. Il existe peut d’articulations polyarticulaires**, les épaules et les hanches qui peuvent se mouvoir a partir de leur axe de gauche à droite, de haut en bas ou même les deux en même temps. Bien-sûr, ces membres ont leur limites. Les tendons, les muscles et les insertions musculaires sont plus ou moins souples. De même, la taille des membres elles-mêmes jouent. Certains ont un torse court, d’autres longs, de même pour les bras ou les jambes. On perçoit très bien la tension sur la taille, mais aussi sa mobilité.

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Version plan.

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Je montre ici comment a partir du torse, en enlevant la torsion on peut obtenir une non-torsion du corps à partir du buste.

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Version plan.

 

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Cette fois-ci à partir des jambes. Dont on peut complètement garder la position.

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Version plan.

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Je reprends ici le modèle en le transformant. Il s’agit ici d’une jeune fille. Je lui donne les proportions d’une femme. Je réduit donc sa tête et lui ajoute des formes et des talons.

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Version plan. On peut remarquer que les éléments du torse et des hanches doivent être correctement placés, au risque de brouiller la compréhension de la personne qui regarde. Je rappelle ici que 1 mm de loupé sur une feuille peut devenir plusieurs cm en vrai. Mais c’est encore un autre problème.

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J’exagère encore plus la forme. Pourquoi? J’essaie de trouver une rythmique dans les lignes, de la clarté. Le but est de souligner le sujet et ce que je veux échanger à son propos. Ici, l’élasticité, la fluidité, la féminité et de sublimer la posture. A cette étape, plusieurs essais peuvent être nécessaires! Tout dépends ce que vous souhaitez partager.

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Version plan. On peux remarquer l’exagération très forte des mains. Il s’agit de ne jamais oublier leur expressivité. On est attiré par ce qui est parlant chez quelqu’un. Son visage et ses mains, rendent une grande partie de la compréhension des intentions de l’autre. La manière de les dessiner est donc déjà une codification émotionnelle. Une fois de plus, le dessin c’est de la communication. Une émotion, une idée, un sentiment… Tout ce qui permet de mettre des idées en valeur doit être adapté au projet. A condition de respecter un minimum de règles ou de cohérence stylistiques.

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Ici j’ai fait une silhouette*** exagérée. La silhouette est un élément important de l’image. Elle aide a comprendre ce que l’image comporte d’inutile, d’imprécis. De poser une posture pour qu’elle soit identifiable dès le premier coup d’œil, que ce qui permet de comprendre la forme ne se chevauche pas.

Voilà pour la torsion du buste. C’EST DONC COMPLETEMENT REALISTE. Concernant la déformation en elle-même. Bien-sûr, il existe énormément de biais, la déformation dépends de l’auteur et des objectifs qu’il s’est fixé quand à ce qu’il souhaitait communiquer sur l’oeuvre. Le genre dans lequel on s’inscrit. Du temps qu’on veut y consacrer.

Le vrai problème, concerne donc le dessin en lui-même. Correctement exécuté ou pas. Et à un moment, il s’agit de technique. Pas de point de vue.

Ismaël Bâ

*Less is more; L’architecte Ludwig Mies van der Rohe (1886–1969) à adopté la devise « Less is more » pour décrire son esthétique.

**Polyarticulaire;  Qui affecte plusieurs articulations.

*** Silhouette; Il s’agit d’un moyen technique, si ce n’est pas clair, n’hésitez pas a me relancer pour que j’en fasse un article!

La suite ici!
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