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« Est-ce qu’il n’y a pas un danger de placer le plus important de sa vie après la mort ? »

Robert Blondin
Artiste, écrivain (1942 – )

Ou comment Netflix et le Binge Watching pourraient drastiquement changer notre expérience narrative de téléspectateur.

Mais d’ailleurs, le Bing Watching c’est quoi? C’est le fait de regarder en rafale la télévision ou tout autre écran pendant de plus longues périodes que d’habitude. Souvent dans le cas de programmes à suivre, type série télé, en regardant plusieurs épisodes a la suite. Il semblerait que l’expression soit construite en référence au binge drinking, le fait de consommer excessivement de l’alcool (la phénomène série traitée comme une addiction? Sujet très intéressant, dont je reparlerais un jour…).

Revenons à nos moutons donc…

The OA, série produite par Netflix et sortie le 16 décembre 2016. La première saison est en 8 épisodes. Les créateurs Brit Marling et Zal BATMANglij (oui, ce doit être un signe!) sont à la base plutôt des cinéastes, avec quelques films au compteur. L’interprète féminine principale Prairie Johnson est d’ailleurs jouée par la fameuse Brit Marling avec une intensité rare pour une série. Une intensité telle que pendant les premiers épisodes, elle me sortait littéralement par les yeux car trop extrême, sentiment qui une fois passé, s’est complètement inversé tant le fond et la forme de son interprétation sont en résonance.

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Et de quoi ça parle me direz vous? Eh bien, nous commençons le récit par le retour d’une jeune femme aveugle, disparue il y a des années. Mais le mystère s’épaissit lorsqu’on découvre qu’elle a recouvré la vue! Mais comment diable? Elle retourne donc auprès de ses parents, dans son petit lotissement de banlieue grisâtre ou la série va donc dérouler le passé de cette être diaphane et déphasée tout en ouvrant des possibilités narratives insoupçonnées!

Bon, rien d’incroyable dans ce prémisse, de toutes façons, en 2017 toutes les situations dramatiques ont déjà été racontées, non, l’intérêt est plutôt dans le traitement narratif et les motifs utilisés. On est dans un croisement de drame, fantastique et même de science-fiction.  Mais là ou la série est maligne, c’est qu’elle prends le genre par la bande. On traite de surnaturel, par l’émotion. Vous me direz que c’est déjà vu aussi, comme chez M. Night Shyamalan par exemple, sauf qu’ici, la narration devient le jouet de la trame. La lumière, le montage, la composition des images clés, sont complètement en symbiose avec la narration. Difficile d’en dire plus, au risque de déflorer, la suite sera donc avec Spoiler, je vous invite donc à regarder la série avant de lire la suite!

 

ATTENTION SPOILER ALERT / ATTENTION SPOILER ALERT / ATTENTION SPOILER ALERT/

 

La rythmique est maîtrisée à fond, le Binge Watching permet ici la possibilité de jouer avec les différents temps de métrages et est pour une fois utilisée réellement et efficacement, avec des épisodes d’une heure et d’autre d’une demi-heure. Ce qui permet d’éviter l’ennui de beaucoup des séries Netflix montées sur du 10/13 épisodes d’une heures alors que le scénario ne le supporte pas vraiment (je pense à Luke Cage notamment).

On commence donc avec un premier épisode avec un drame plutôt réaliste et gris de 45 minutes. J’ai eu beaucoup de mal a rentrer dedans, étant donné le climat presque claustrophobique et dépressif, j’avais très peur d’assister à un délire manipulatoire digne des dramas pour ménagère de moins de 50 ans. Puis Prairie raconte son histoire. Elle a bon an mal an réussi a réunir un auditoire, lui ordonnant un emplacement et de ne surtout pas la couper. En d’autre termes, elle nous dit a nous spectateurs de se taire et d’oublier nos a priori le temps d’un instant. Et là, le générique apparaît. Et le drame se transforme en conte ésotérique. Le rythme, les couleurs, les repères et les enjeux sont complètement relancés, on a pas le temps de comprendre que l’épisode se termine… Et on est cueilli! 

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En grand pragmatique, j’avais peur de la grande naiveté posible du propos. On est tout de même pas loin du gourou de secte qui sonde les malheurs de ses contemporains en leur donnant un espoir, depuis longtemps perdu de faire quelque chose de leur vie. Le tout, par l’intermédiaire de thèmes comme les NDE (Near Death Experiences), l’immortalité, la connexion et autres belles idées complètement farfelues! Et tout ça, sans une once de cynisme. Et pourtant…

Pourtant j’ai passé un excellent moment. Pourquoi?

Déjà, une multitude de thèmes sont traités. La famille, l’adolescence, le pouvoir, la science, la religion, le destin… La vie quoi!  Une super réalisation, digne d’un long métrage, Zal BATMANglij est de tous les épisodes, ce qui donne une cohérence au projet et amène le spectateur à avoir l’impression de regarder un long, très long film. Ce qui pourrait être casse-gueule, mais justement non, grâce au choix narratif de coller la longueur parfaite a chaque tronçon de l’histoire. De 71 minutes pour le pilote à 30 minutes pour un  autre! On a vraiment enfin l’impression de vivre ce qu’on peut voir dans un livre, des chapitres de 20 pages co-éxistent parfaitement avec d’autres de 3 pages. Ce qui est assez génial pour casser le rythme et garder le lecteur en alerte, ici, le principe est le même mais pour le téléspectateur. J’espère voir d’autres expérimentations encore plus extrêmes, car narrativement, moult possibilités et émotions sont possibles. J’ai vraiment hâte de voir cela. 

La photographie presque délavée pour le monde contemporain, plus colorée pour les flashbacks dans l’enfance et pétants d’effets pour les différentes séquences après la mort.

Scénario plutôt original dans son traitement (bien qu’on puisse y reconnaître légèrement du Shyamalan dans la structure). La série pourrait s’arrêter ici, qu’elle serait déjà une belle oeuvre. Très humain, voir carrément militant, plein de surprises, « jusqu’au-boutiste » alors que le sujet est a des lumières de mes intérêts plutôt scientifiques (syndrome des pieds sur terre) qu’ésotériques. Je suis pourtant tombé dedans grâce à ce réel talent de conteur.

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Cette série devrait naturellement plaire aux fans de mysticisme, idéalistes et sensibles. Si vous avez les pieds sur terre, avec un cerveau bien cadenassé, autant l’oublier tout de suite. Ma note perso, sachant que je ne suis pas directement la cible, un peu trop cynique, mais bravo à la partie technique m’a tout de même enthousiasmé!

 

4/6 donc!

 

P.S; un truc chorégraphique que je peux pas raconter m’a donné des barres de rires, je vous laisse voir et dire si comme moi, vos abdos ont travaillé!

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